Romantisme et paysages

Avant de débuter notre épopée romantique, j’aimerais à tous vous souhaiter une très belle année 2018. J’espère qu’elle sera riche en visites et découvertes culturelles ! Et bien sûr, je tiens à m’excuser pour mon absence ces derniers temps… la vie d’étudiant en période de partiels ce n’est pas de tout repos !

Pour mon premier billet de l’année, je voudrais vous emmener chez les romantiques. Ces artistes qui au début du XVIIIe siècle en Allemagne et en Grande-Bretagne développent dans leurs travaux des particularités similaires : nature débordante, hors de contrôle de l’Homme qui se retrouve submergé et en proie à ses angoisses. On assiste à une exaltation du Moi à travers la représentation de divers paysages. Le mouvement arrive ensuite en France, en Italie et en Espagne au XIXe siècle. Il est pluridisciplinaire et englobe aussi bien la littérature, la peinture, ou encore la musique. Ainsi, les sentiments des romantiques se retrouvent matérialisés dans leur art. Nous allons voir à travers trois types d’arts, de quelles manières les artistes nous font part de leurs sentiments.

Caspar David Friedrich - Abtei im Eichwald - Google Art Project.jpg
Caspar Friedrich, Abbaye dans une forêt de chênes, huile, 1809-1810, Alte Nationalgalerie, Berlin.

Caspar Friedrich, l’un des peintres les plus signifiants du mouvement nous livre son sentiment de solitude dans son tableau L’abbaye dans une forêt de chênes. Paysage de ruine, arbres calcinés, impression de désolation et d’abandon : indéniablement, sa solitude est le sujet du tableau. Ainsi, c’est par l’utilisation des couleurs ternes et de sfumato qu’il crée une atmosphère brumeuse et pesante, nous plongeant dans une posture angoissante. Les branches sinueuses des arbres sont menaçantes et tout semble branlant. Combien de temps d’existence reste-t-il à ce paysage avant qu’il ne disparaissent ?

Le Vallon
Mon coeur, lassé de tout, même de l’espérance,
N’ira plus de ses voeux importuner le sort ;
Prêtez-moi seulement, vallon de mon enfance,
Un asile d’un jour pour attendre la mort.Voici l’étroit sentier de l’obscure vallée :
Du flanc de ces coteaux pendent des bois épais,
Qui, courbant sur mon front leur ombre entremêlée,
Me couvrent tout entier de silence et de paix.Là, deux ruisseaux cachés sous des ponts de verdure
Tracent en serpentant les contours du vallon ;
Ils mêlent un moment leur onde et leur murmure,
Et non loin de leur source ils se perdent sans nom.La source de mes jours comme eux s’est écoulée ;
Elle a passé sans bruit, sans nom et sans retour :
Mais leur onde est limpide, et mon âme troublée
N’aura pas réfléchi les clartés d’un beau jour.La fraîcheur de leurs lits, l’ombre qui les couronne,
M’enchaînent tout le jour sur les bords des ruisseaux,
Comme un enfant bercé par un chant monotone,
Mon âme s’assoupit au murmure des eaux.Ah ! c’est là qu’entouré d’un rempart de verdure,
D’un horizon borné qui suffit à mes yeux,
J’aime à fixer mes pas, et, seul dans la nature,
A n’entendre que l’onde, à ne voir que les cieux.

J’ai trop vu, trop senti, trop aimé dans ma vie ;
Je viens chercher vivant le calme du Léthé.
Beaux lieux, soyez pour moi ces bords où l’on oublie :
L’oubli seul désormais est ma félicité.

Mon coeur est en repos, mon âme est en silence ;
Le bruit lointain du monde expire en arrivant,
Comme un son éloigné qu’affaiblit la distance,
A l’oreille incertaine apporté par le vent.

D’ici je vois la vie, à travers un nuage,
S’évanouir pour moi dans l’ombre du passé ;
L’amour seul est resté, comme une grande image
Survit seule au réveil dans un songe effacé.

Repose-toi, mon âme, en ce dernier asile,
Ainsi qu’un voyageur qui, le coeur plein d’espoir,
S’assied, avant d’entrer, aux portes de la ville,
Et respire un moment l’air embaumé du soir.

Comme lui, de nos pieds secouons la poussière ;
L’homme par ce chemin ne repasse jamais ;
Comme lui, respirons au bout de la carrière
Ce calme avant-coureur de l’éternelle paix.

Tes jours, sombres et courts comme les jours d’automne,
Déclinent comme l’ombre au penchant des coteaux ;
L’amitié te trahit, la pitié t’abandonne,
Et seule, tu descends le sentier des tombeaux.

Mais la nature est là qui t’invite et qui t’aime ;
Plonge-toi dans son sein qu’elle t’ouvre toujours
Quand tout change pour toi, la nature est la même,
Et le même soleil se lève sur tes jours.

De lumière et d’ombrage elle t’entoure encore :
Détache ton amour des faux biens que tu perds ;
Adore ici l’écho qu’adorait Pythagore,
Prête avec lui l’oreille aux célestes concerts.

Suis le jour dans le ciel, suis l’ombre sur la terre ;
Dans les plaines de l’air vole avec l’aquilon ;
Avec le doux rayon de l’astre du mystère
Glisse à travers les bois dans l’ombre du vallon.

Dieu, pour le concevoir, a fait l’intelligence :
Sous la nature enfin découvre son auteur !
Une voix à l’esprit parle dans son silence :
Qui n’a pas entendu cette voix dans son coeur ?

Alphonse de Lamartine (1790-1869), Méditation poétiques, 1820.

Austère, la nature peut devenir le refuge du romantique. Pour Lamartine, dans ses Méditations poétiques, la nature « est là qui t’invite et qui t’aime ». Sa personnification met en valeur sa fonction protectrice et presque maternelle, qui accueille et apaise. Et ce qui m’interpelle encore plus, c’est la manière dont les vers « D’ici je vois la vie, à travers un nuage, / S’évanouir pour moi dans l’ombre du passé » verbalisent parfaitement la vision du tableau de Friedrich. Coïncidence ? Les mots font la connexion entre l’artiste et la nature.

Mais les romantiques se sentent toujours plus bouleversés et impuissants face aux découvertes de terres inconnus. Elle est infinie, incontrôlable et imprévisible. Dans sa sixième Symphonie intitulée « Pastorale », Beethoven précise qu’il la voulu plus « plutôt expression des sentiments que peinture ». Dans son quatrième mouvement que je vous pouvez écouter juste au-dessus, on ressent cette atmosphère de nature sauvage voir même violente caractérisée par les percutions qui imitent la tempête et l’orage. C’est aussi un sentiment de colère et une fureur intense que l’on ressent. Je n’ai évidemment pas résisté à l’envie de vous partager la symphonie animée par les studio de Disney. Une pure merveille qui traduit parfaitement par le dessin les émotions décrites par le compositeur. J’ai durant toute mon enfance été bercée par cette cassette que j’ai dû user à force de la rembobiner à peine terminée.

Finalement, à travers les études de ces trois œuvres on se rend compte que le paysage et la nature ont une place importante pour les romantiques car ils permettent de matérialiser leur sentiments qui sont principalement la solitude, le tourment et la mélancolie. Ce sont des sentiments qui enveloppent les romantiques et les submergent, tout comme la nature sauvage prend le dessus sur l’Homme.

Connaissiez-vous le mouvement romantique ? Quels sont vos artistes préférés ?

 

8 réflexions sur “Romantisme et paysages

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