David Hockney au centre Pompidou

Une rétrospective qui attire les foules. Un phénomène que je ne comprenais pas jusqu’à ce que j’en fasse l’expérience. Tenez vous bien, je crois bien que c’est la meilleure exposition qu’il m’est été donné de faire depuis des mois. Elle m’a tellement plu, que je suis passée outre la foule qui vous bouscule pour se mettre devant vous alors que vous êtes en pleine séance contemplative d’un tableau ou lecture d’un cartel, et je suis passée également outre le fait qu’on nous menace de faire passer d’autres visiteurs avant nous si on ne se dépêche pas de lire la chronologie introductive, c’est vous dire…

David Hockney, un artiste…

Hockney
© David Hockney Collection Tate, London
David Hockney, « A Bigger Splash », 1967
source : Centre Pompidou

… « plat » « insipide » « sans intérêt » « ennuyant ». Honte à moi, mais c’est bien les mots qui seraient sortis de ma bouche si je n’avais jamais fait cette exposition. Je connaissais l’artiste à travers les quelques cours d’Art contemporain auxquels j’avais assisté. Période qui ne se révèle pas être ma préférée (mais on parlera de cela dans un article prochain), de ce fait, il est vrai que je ne met pas toute ma bonne volonté à suivre et à prendre du plaisir à écouter durant ce genre de cours. J’avais donc vu quelques unes de ces toiles mythiques notamment « A bigger splash ». Un tableau aseptisé, lisse et vide, tout ce à quoi je suis allergique en peinture. En sortant de l’exposition, je n’aime toujours pas ce tableau mais j’en ai découvert pleins d’autres que j’affectionne tout particulièrement.

… peintre de la transparence

De loin l’aspect qui m’a le plus touché lors de cette visite. C’est un de ces centres d’intérêt qui me passionne le plus. Ces recherches sur la transparence du verre ou de l’eau sont franchement exceptionnelles, et je pèse mes mots. Traduire l’invisible par le visible est une difficulté que bon nombre de plasticiens ont certainement expérimenté. Ce sont ces détails que nous ne remarquons pas dans la vie quotidienne mais qui une fois devant la toile nous posent problème. Ils semblent invisibles et pourtant ils font toute la différence. David Hockney accordent beaucoup d’importance et déploie bon nombre d’expérimentations à la représentation de ces éléments : reflets dans l’eau, de la lumière sur différents supports, du verre que ce soit une fenêtre, un vase ou une table.

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« Sunbather » peut être un exemple très représentatif de ce que j’aimerais vous démontrer. Au premier abord on critiquerait la perspective approximative et ces lignes sinueuses beaucoup trop présentes et schématiques. Or, quand on se penche un peu plus sur ces éléments, on se rend compte qu’ils sont essentiellement l’objet de sa réflexion. Ce « défaut » de perspective c’est pour mieux comprendre le véritable sujet de la peinture : l’eau. On s’y retrouve plongé dedans, on devient le « waterbather ». Et ces lignes grossières sont au contraire mûrement pensées : elles sont soigneusement composées de ligne verte, jaune, blanche et rose. C’est bien la décomposition de lumière que nous peint David Hockney, la lumière transperçant la transparence de l’eau.

…  et de la sensualité

Sa peinture s’en retrouve éminemment sensible du point de vue de la retranscription des sens et de ces choses mouvantes de la vie. Mais bien évidement, un aspect que j’ai le moins ressenti durant l’exposition mais qui le caractérise pourtant c’est la connotation érotique de sa peinture. Un parti pris des commissaires ou une mise en sourdine de ma part ? Je n’ai relevé que peu de référence directe à ce penchant de l’artiste. Certes on y voit des corps masculins nus mais je les comprend plus comme des objets artistiques, outils de la lumière et de l’ombre plus que des objets érotiques en soit. Quelque chose que j’aime aussi c’est la déformation de ces corps sous l’eau, soumis aux propriétés difficiles à saisir de l’eau et de sa réflexion.

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On trouve aussi des corps fragmentés dans ces expérimentations avec polaroid. Des travaux plus que passionnants devant lesquels je me suis émerveillée de longues minutes. David Hockney nous livre un espace géographique et temporel par l’assemblage de photographies. On se sent comme doté d’un super pouvoir qui nous permettrait dans la même seconde de décomposer les mouvements. Génialissime. Une recherche qu’il reprend également en peinture en décomposant ses tableaux pour obtenir des œuvres monumentales ou encore en vidéo pour l’étude des quatre saisons, un thème déjà longuement exploré dans l’art depuis des siècles.

… aux références artistiques plurielles

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Il y a quelque chose d’Edward Hopper dans sa peinture, une solitude et un vide mais également dans ce tableau par exemple, des références encore plus anciennes à Edouard Manet et son balcon. On trouvera aussi des clins d’œil à d’autres artistes comme Piero de la Francesca à qui il rend hommage dans bon nombre de tableaux ou encore Pierre Chardin cité dans son double portrait de ces parents.

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David Hockney ne délaisse pas pour autant les expérimentations contemporaines comme le color field avec Morris Louis que l’on ressent dans la composition de ces immeubles composées de carrés colorés jouant toujours sur les reflets de la lumière sur le verre des fenêtres.

Pour conclure, cette exposition concentre pour moi tous les ingrédients nécessaires à l’organisation d’une bonne exposition :

  • Une scénographie dynamique alternant grands espaces pour sublimer ces magnifiques toiles et des espaces plus restreints, intimistes nous faisant découvrir l’envers du décor : ces dessins ou croquis. Une scénographie capable de mettre en perspective le contexte de création et ses inspirations même en étant exclusivement composée d’œuvres de l’artiste.
  • Un discours compréhensible notamment grâce à la scénographie mais aussi par le choix d’œuvres pertinentes. Un propos accessible à tous et une pédagogie intelligemment menée et localisée.
  • La diversité des œuvres montrées permet non seulement une dynamique pour l’œil mais aussi pour l’esprit en dévoilant l’étendue des techniques utilisées (peintures, crayon, photographies, vidéos et créations digitales) et des talents dont disposent l’artiste.
  • Une bonne exposition c’est une exposition capable de vous faire redécouvrir un artiste que vous connaissez ou d’abolir tous vos préjugés.

 

A voir jusqu’au 23 Octobre alors n’attendez plus ! Plus d’informations ici.

As-tu vu l’exposition ? Qu’en as-tu pensé ? Ton avis nous intéresse !

4 réflexions sur “David Hockney au centre Pompidou

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